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    Visite au Centre Germain Nadal – Décembre 2007 – Jean–Yves et Roselyne LEROUX

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    Pour un zébu… c’est parti !

    Le 20 décembre 2007 un grand jour dans la vie du Centre Germain Nadal (CGN) : la cérémonie de départ des élèves en formation depuis trois ans. Roselyne et moi ne pouvions pas manquer cette journée, d’autant plus que nous avions une inimaginable nouvelle à leur annoncer. Donc dès que la date nous est connue, nous nous mettons en quête d’un vol pour Ouagadougou. Pas facile à trouver ; pour obtenir un tarif « acceptable », il faut séjourner au moins huit jours ! Et pas question de fêter Noël sans les enfants puisque cette année ils sont avec nous.

    Départ de Paris le 16 Décembre, arrivée à Ouagadougou, nuit aux « Lauriers », et le lendemain Paul Noël le chauffeur nous emmène au CGN à Ligmwaare, non sans avoir fait le plein de pain, oignons, légumes etc.…dans la voiture vite surchargée, car il va y avoir du monde au centre le 20 !

    Après 280 km  de route goudronnée nous arrivons à Dano où Paul est très heureux de nous rencontrer car il a une surprise à nous faire ; direction le tailleur pour faire la tenue « officielle du 20 décembre » des membres du CGN : une chemise et un pantalon pour Roselyne et une chemise pour moi.

    Enfin nous arrivons au centre et y trouvons notre ami Bruno en pleine activité pour préparer la fête. Sa santé, très dégradée quand il a quitté Garches au mois d’Août, ne lui crée plus de souci aujourd’hui.

    Le mardi rendez-vous important pour organiser les virements et le contrôle d’un compte de l’Association ouvert à Diebougou, la « ville » la plus proche du CGN.

    Le mercredi, une fébrilité certaine s’empare des responsables du CGN. Pendant que chacun vaque à ses nombreuses occupations, nous profitons de ce temps libre pour rencontrer les élèves, leurs enfants et regarder la vie autour de nous.
    Le soir arrivent les amis, les familles qui ont fait de longs trajets à pied pour être présents à la fête le lendemain.
    Dans les cases, les foyers s’activent pour fabriquer le « Dolo » la boisson favorite des moments de convivialité, en fait du mil fermenté qui a un goût de bière mâtiné de cidre.
    Les hommes arriveront le lendemain car eux seuls ont des vélos.
    Le soir tard, les conversations vont bon train, entrecoupées de chants accompagnés par les balafons. Il faut dire que les élèves femmes n’ont pas quitté le centre depuis trois ans et beaucoup renouent avec leur famille ce soir là. Seuls les hommes ont quitté ponctuellement le CGN pour essentiellement assister aux funérailles ou à quelques cérémonies importantes dans leurs villages.
    Les femmes exceptionnellement  sont allées chez le coiffeur à Dano, coiffeurs surchargés car le même jour se déroule la fête musulmane de l’Aïd el Adha (fête du mouton) ; qu’importe toutes arriveront demain matin en grande beauté.

    Et voici le jour de la grande cérémonie. Une messe africaine présidée par l’évêque de Diebougou réunit tout le centre entouré par les familles, les amis, etc.… Nous sommes donc prêts à 8h50 pour ne pas être en retard à la cérémonie de 9h qui commencera à 9h20… Chants, danses, applaudissements alternent avec de grands moments de recueillement ; les enfants sont remarquablement disciplinés et silencieux et pas un bruit ne vient troubler l’assemblée.
    Progressivement la température monte sous le hangar qui sert d’église, en fait un hangar agricole transformé pour l’occasion, équipé de bancs et avec une partie du sol recouvert de tapis de prières musulmans : ici l’entraide fonctionne parfaitement entre les communautés catholiques, protestantes, animistes, musulmanes. Quand les uns font la fête ce sont les autres qui préparent les repas ou aident naturellement pour que la fête soit réussie.
    Le thermomètre que j’ai toujours sur moi monte à 36° à l’ombre, il va bientôt être 13h30 et les chants continuent, mais Bruno nous fait signe et nous demande de dire un petit mot à nos amis.

    C’est alors qu’avec une très grande émotion je vais leur annoncer l’existence de notre Association et l’objectif qu’elle a atteint : il est difficile d’imaginer la réaction de ces jeunes (ils ont entre 20 et 29 ans), qui simplement à l’énoncé du fait qu’une Association s’était créée pour les soutenir ont applaudi sans se douter que quelques minutes plus tard un inimaginable coup de pouce allait leur être donné, non sans leur demander une petite contrepartie pour aider leurs successeurs. (cf texte lu pouvant être consulté sur http://www.pourunzebu.com/)

    Puis,  d’une façon plus symbolique nous avons distribué, Roselyne et moi, 20 arrosoirs pour matérialiser cette action avant qu’ils ne quittent le CGN.

    Ensuite à la sortie de cette cérémonie nous avons eu droit à des remerciements chaleureux, simples et sincères des couples concernés, des parents souvent très émus  et des autorités présentes. Que d’émotions aussi pour nous ! Encore une fois c’est grâce à tous les efforts qui ont été faits par les personnes participant à l’Association qu’a pu être concrétisée cette aide. Nous l’avons bien sûr dit et redit à tous, et c’est à ces personnes que s’adressent tous les remerciements.

    14h30, nous abandonnons nos costumes européens (qui ont été reçus comme une marque d’honneur par nos hôtes, sûrement très sensibles à la tenue vestimentaire, certains sont venus me le dire, toujours avec beaucoup de simplicité) pour revêtir la chemise et le costume du jour que le tailleur avait préparés. Le reste de la journée se déroulera donc en chemise de coton au décor palmé comme pour être complètement en osmose avec le CGN.

    L’après-midi vers 17h le Centre commence à se vider, la nuit tombe à 18h et les trajets sont longs ; avant de partir encore beaucoup de salutations, de sourires, signes plus compréhensibles pour nous que le Dagara dont nous n’avons retenu que le « Barka » répété sans cesse.

    Après les commentaires de Bruno, de Paul, des félicitations pour une fête si chaleureuse, la nuit apporte un repos bien mérité pour ses organisateurs, tandis que résonnent encore  les chants et le balafon qui accompagnent les danseurs.

    Vendredi 21 décembre nous avons eu la chance de pouvoir aller rendre visite aux parents de Bruno, dans un village accessible par une piste à 1h30 de Ligmwaare  ;  peu de changement par rapport à notre dernière visite qui date d’un an :  la piste est toujours détruite suite aux pluies diluviennes de 2005, le pont sera bientôt un gué et les récoltes de cette année ne couvriront pas les besoins, c’est-à-dire qu’il y aura encore au moins deux mois de disette. Cette année la saison des pluies qui normalement débute en mai a commencé début juillet, mais hélas les pluies abondantes ont cessé trop tôt, laissant les plantes dans un état pitoyable, avec les conséquences qu’on peut imaginer. Les barrages se sont remplis mais faute de moyens aucun dispositif d’irrigation n’a été construit. Cependant quelques pêcheurs en tirent profit et les rares troupeaux viennent s’y abreuver. Le problème de l’eau reste essentiel : par exemple aujourd’hui, à Gorgan le village des parents de Bruno, seul un puits sur les trois existants est encore en eau…mais pour combien de temps ?

    Samedi 22 décembre, départ en fin de matinée avec les quelques lettres rapidement rédigées  par Paul et Bruno. Nous allons rejoindre Ouagadougou pour reprendre l’avion Dimanche.

    Retour à Paris, la température est  45° inférieure à celle de Ouaga….de quoi geler nos souvenirs si cela était nécessaire.